Quand l’anxiété prend toute la place

Marie fait des crises d’angoisse à l’idée de prendre le train, et n’en dort plus une semaine à l’avance.

Thomas est terrorisé au moindre symptôme physique et craint de mourir d’un cancer, comme son père.

Evan est persuadé que sa partenaire va le tromper un jour ou l’autre, et ne vit plus à force de l’imaginer avec un autre, quoi qu’elle lui dise pour le rassurer.

Rose voudrait tellement avoir un troisième enfant, son rêve depuis toujours, mais panique dès qu’elle passe à l’action.

Patrick est pris à la gorge par une anxiété sourde tous les soirs après le travail depuis 18 ans, et trouve sa bulle d’oxygène avec un verre de vin ou deux.

Qu’ont en commun Marie, Thomas, Evan, Rose et Patrick ? Tous consultent pour de l’anxiété. Cette anxiété qui prend bien souvent toute la place, ou trop de place, et les empêche d’avancer, d’agir, de vivre. Cette anxiété qu’ils essayent tant bien que mal d’éradiquer, de faire disparaître de leur vie, de contrôler, de contenir, en la tenant à bout de bras, mais qui se rappelle inlassablement à eux.

Ils font tout pour ne pas y penser : se concentrer sur autre chose, penser à quelque chose de positif, faire des exercices de respiration, de la méditation, s’occuper à outrance, écouter des podcasts, rester sur les écrans (Netflix, insta, tiktok…). Quand cela devient insoutenable, ils ont parfois recours à des médicaments, à l’alcool ou l’alimentation comme pour s’anesthésier. Ils évitent les situations qui génèrent de l’anxiété ou ont généré des crises d’angoisse. Ils tentent de se rassurer, en se raisonnant, en cherchant des informations sur internet, en se répétant que ça va aller, avec le soutien bienveillant de leurs proches, qui à leur tour tentent tant bien que mal de les rassurer : « ça va aller ! ».  Un soulagement, mais bien souvent temporaire, car cela ne reste qu’un pansement.

L’anxiété est un motif fréquent de consultation. Bien qu’elle se manifeste sous différentes formes, un même mouvement général se dégage souvent : tout faire pour ne pas y penser et ne pas la ressentir. Et c’est tellement logique, naturel et terriblement humain. Nous sommes nombreux à réagir ainsi, et parfois cela fonctionne.

Mais quand l’anxiété devient invalidante et paralysante, et que cela ne fonctionne plus, il est alors temps d’agir autrement. Plutôt que d’éviter sa peur, le mouvement sera d’y faire face et de l’écouter, qu’il s’agisse d’adapter ce qui doit l’être dans sa vie, de se préparer aux dangers, de traverser sa peur, d’aller voir au bout du bout ce qui nous fait si peur. C’est parfois extrêmement difficile, mais cela peut être profondément libérateur.

Aujourd’hui, Marie, Thomas, Evan, Rose et Patrick ont écouté leur peur et avancent dans leur vie. 

Marie a retrouvé des nuits reposantes et prend désormais le train pour retrouver sa famille et ses proches le week-end sans que cela soit une épreuve.

Thomas a toujours peur de mourir, comme beaucoup, mais il sait que son fils survivrait et que sa famille en prendrait soin. Il consulte parfois un médecin lorsqu’un symptôme physique l’inquiète.

Evan est en couple et amoureux, même si sa partenaire le trompera peut-être un jour, et qu’il en serait dévasté.

Rose fait le deuil de son troisième enfant, avec beaucoup de tristesse, mais en sachant pourquoi elle fait ce choix.

Patrick n’a plus besoin de son verre de vin quotidien depuis qu’il a décidé de vivre sa vie.

Accompagnés sur plusieurs séances, à leur rythme, et à l’aide d’exercices, chacun d’entre eux a cheminé et exploré sa peur. Celle-ci prend désormais une place plus juste à leurs yeux dans leur vie.